Slasheuse : comment j'ai arrêté de choisir entre mes passions

On m'a longtemps dit qu'il fallait choisir une seule voie. Je raconte pourquoi j'ai arrêté de trier mes passions, et comment je les fais cohabiter.

SLASHEUSE

Olympe Loiseau

8/14/20263 min read

Comment j'ai arrêté de choisir entre mes passions

Pendant longtemps, j'ai cru qu'il fallait choisir.

Choisir un métier. Une voie. Une case, bien nette, dans laquelle je pourrais me ranger et que les autres pourraient nommer d'un mot simple. On me le demandait tout le temps, d'ailleurs : "mais toi, tu fais quoi, au juste ?" Et à chaque fois, la même gêne. Parce que la vraie réponse ne tenait jamais en une phrase.

Je crois que ça a toujours été là, en fait. Je suis quelqu'un de curieuse, et pour être tout à fait honnête, je m'ennuie vite. Une seule chose à la fois, ça ne m'a jamais suffi. Il fallait que je touche à tout, que j'explore, que je passe d'un intérêt à un autre sans que ça soit un problème.

Et quand j'y repense, ce n'est pas si étonnant. Mon père était professeur d'EPS, et à côté, il avait monté sa propre école de natation. Ma mère est styliste modéliste couturière, et elle a toujours mené autre chose en parallèle. Tous les deux ont aussi été VDI à un moment ou un autre, dans différentes sociétés de vente à domicile. Chez nous, avoir une seule activité, ça n'a jamais été la norme. Le modèle, c'était plutôt : on additionne.

Alors sans même y réfléchir, j'ai fait pareil. Quand j'ai commencé à travailler à Pôle Emploi, très vite, je me suis mise à organiser des événements en interne, à m'investir bénévolement dans des associations. Pas parce qu'on me le demandait. Parce que j'en avais besoin.

Il y a eu une période où j'ai essayé de faire l'inverse. De me concentrer sur une seule chose. De rentrer dans le rang, en quelque sorte, parce que c'est ce qu'on nous apprend à faire : se spécialiser, aller droit devant, ne pas se disperser.

Résultat : je me suis sentie à l'étroit. Pas malheureuse au sens dramatique du terme, non, juste... incomplète. Il me manquait quelque chose, et il m'a fallu du temps pour comprendre quoi. Ce n'était pas un projet précis qui me manquait. C'était l'équilibre entre plusieurs. C'était de pouvoir nourrir plusieurs facettes de moi en même temps, plutôt que d'en sacrifier certaines au profit d'une seule.

En grandissant (ou disons, pour ne pas trop me vieillir, en mûrissant), j'ai fini par comprendre deux ou trois choses essentielles.

La première, c'est que je n'étais pas la seule à fonctionner comme ça. Il existe tout un tas de personnes qui, comme moi, ont besoin de plusieurs activités pour se sentir alignées. On a même un mot pour ça aujourd'hui : slasheuse. Et rien que de mettre un mot dessus, ça change tout. Ça sort du "problème à régler" pour devenir une identité à assumer.

La deuxième, c'est que je n'avais pas à suivre la ligne droite que la société aime bien nous vendre. Vous savez, celle qui va du diplôme au métier unique, du métier unique à la retraite, sans détour ni embranchement. Cette ligne-là n'était juste pas faite pour moi. Et ce n'était pas un échec de m'en écarter. C'était, au contraire, la première fois que je m'écoutais vraiment.

La troisième, la plus importante peut-être, c'est que se connaître soi-même, ça prend du temps, et que ce temps-là est précieux. Il m'a fallu des années pour identifier ce qui, chez moi, revenait sans cesse : la créativité, l'envie de créer du lien, le besoin d'originalité, l'envie de mettre du beau et du sens dans tout ce que je fais. Une fois que j'ai vu ce fil rouge, les activités ne se sont plus contredites entre elles. Elles se sont mises à se répondre.

Reste une question, la plus pragmatique de toutes : comment vivre, concrètement, quand on a plusieurs activités plutôt qu'une seule ? Parce qu'on peut accepter qui on est sur le plan personnel, mais il faut bien, à un moment, que ça tienne debout financièrement aussi.

C'est là que j'ai dû réfléchir sérieusement. Pas pour choisir une activité au détriment des autres, mais pour apprendre à les faire cohabiter, à les faire se nourrir mutuellement plutôt que se concurrencer. Chacune de mes activités aujourd'hui, que ce soit M.E.T.I.I.S, l'écriture, les conférences ou l'organisation d'événements, part du même endroit : la même volonté d'inspirer, d'accompagner, de fédérer. Ce n'est pas de la dispersion. C'est de la cohérence, juste sous des formes différentes.

Si je devais résumer ce que j'ai appris, ce serait ceci : on ne devient pas soi-même en se rétrécissant pour rentrer dans une case. On le devient en acceptant, une bonne fois pour toutes, tout ce qui nous compose, même quand ça ne se laisse pas résumer en un mot.

Je n'ai plus besoin de choisir entre mes passions. Je les additionne, et c'est précisément cette addition qui fait de moi qui je suis.

Trouver sa juste place, ce n'est pas trouver une case. C'est parfois en assumer plusieurs, en même temps, sans s'excuser.

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