Ce que la sortie de mon livre m'a appris sur le syndrome de l'imposteur
Le syndrome de l'imposteur ressenti en recevant le stock de mon roman, avant même sa sortie, et ce que j'en ai appris.
AUTO ÉDITION & LIVRE
Olympe Loiseau
9/18/20264 min read
Ce que la sortie de mon livre m'a appris sur le syndrome de l'imposteur
Une semaine avant la sortie officielle de mon roman, j'ai reçu le stock de livres chez moi. Des cartons entiers, empilés dans mon salon, et une liste de précommandes à préparer et à envoyer. Je m'étais imaginé ce moment plein de fierté, et à la place, j'ai eu envie de tout arrêter, de ne rien envoyer, de faire comme si ces cartons n'existaient pas.
Le jour où j'aurais dû être fière, et où j'ai eu envie de tout arrêter
J'ai mis des mois à écrire ce roman, des soirées, des week ends, des moments volés entre deux missions, à revenir sans cesse sur les mêmes passages pour les rendre plus justes. Et pourtant, quand les cartons de livres sont arrivés chez moi, une semaine avant la sortie officielle, je n'ai ressenti aucune fierté. J'ai regardé cette pile de romans avec mon nom dessus, et j'ai eu envie de refermer les cartons et de ne plus y toucher.
Il fallait pourtant les ouvrir, préparer chaque exemplaire précommandé, écrire quelques mots à l'intérieur, les emballer, aller les poster. Des gestes très concrets, qui rendaient le livre soudain beaucoup plus réel qu'il ne l'avait jamais été pendant l'écriture. Tant qu'il restait un fichier sur mon ordinateur, je pouvais encore douter en silence. Là, il allait partir chez de vraies personnes, qui allaient le lire, le juger, peut être le refermer au bout de vingt pages.
J'ai littéralement pensé, à un moment, ne rien envoyer du tout. Laisser les cartons fermés, prétendre qu'il y avait eu un problème de stock, gagner du temps. Ce n'est évidemment pas ce que j'ai fait, mais l'idée m'a traversée sérieusement, ce qui montre à quel point le doute peut prendre de la place face à un projet qu'on a pourtant choisi et mené jusqu'au bout.
Le syndrome de l'imposteur, cette petite voix qui n'a aucun sens
Ce que je décris là porte un nom, le syndrome de l'imposteur, ce sentiment persistant de ne pas mériter sa place ou sa réussite, malgré des preuves concrètes du contraire. Ce qui est troublant, c'est à quel point cette petite voix ignore complètement les faits. J'avais un manuscrit terminé, relu et retravaillé avec l'aide précieuse de Nadia, qui m'a accompagnée tout au long de l'écriture, et pourtant la voix me disait que j'avais eu de la chance, que ce n'était pas si bien que ça, que les gens allaient s'en rendre compte en ouvrant les cartons que je venais de recevoir.
Le plus difficile, ce n'est pas de faire taire cette voix, parce qu'elle revient de toute façon, souvent au moment où on s'y attend le moins. C'est d'apprendre à ne pas la laisser décider à ma place. Il y a une vraie différence entre ressentir le doute et le laisser dicter mes actions, entre se dire je ne suis peut être pas légitime et se dire donc je devrais renoncer, ou pire, ne rien envoyer.
Ce qui m'a aidée à avancer quand même
Plusieurs choses m'ont aidée à traverser cette période, et la première, c'est d'en parler ouvertement, à Nadia d'abord, qui m'avait accompagnée pendant toute l'écriture, puis à mon entourage, plutôt que de porter ce sentiment seule comme un secret honteux. À chaque fois que j'en ai parlé, j'ai découvert que la personne en face de moi vivait ou avait vécu quelque chose de similaire, dans un contexte parfois très différent du mien. Ce syndrome se nourrit du silence, et il perd beaucoup de son pouvoir dès qu'on le nomme à voix haute.
La deuxième chose, c'est de me rappeler les faits, très concrètement, plutôt que de me fier à mon ressenti du moment. J'ai gardé les retours des premiers lecteurs, les messages d'encouragement de Nadia, les étapes concrètes du travail accompli, pour pouvoir les relire les jours où le doute prenait toute la place. Ce ne sont pas des arguments qui font disparaître le syndrome de l'imposteur, mais ils permettent de lui répondre avec des preuves plutôt qu'avec des suppositions.
Enfin, j'ai appris à avancer avec le doute plutôt qu'à attendre qu'il disparaisse pour agir. Si j'avais attendu de me sentir totalement légitime pour ouvrir ces cartons et envoyer les précommandes, je crois qu'ils seraient encore fermés dans mon salon aujourd'hui. Il a fallu accepter d'avancer avec cette voix qui chuchote en arrière plan, sans lui donner le dernier mot sur mes décisions.
Une dernière chose m'a beaucoup aidée, me reconnecter à la raison pour laquelle j'avais commencé à écrire ce roman, bien avant de penser à sa réception. Je n'avais pas commencé ce projet pour recevoir une validation extérieure, mais parce que cette histoire avait besoin d'être racontée, et que je me sentais portée par elle. Revenir à cette intention première, loin des questions de légitimité ou de jugement, m'a permis de remettre les choses à leur juste place, l'écriture d'un côté, le regard des autres de l'autre, deux sujets liés mais qui ne devraient jamais se confondre complètement.
Ce que je retiens, maintenant que le livre est sorti
Avec un peu de recul, je vois ce syndrome de l'imposteur presque comme un signal, pas un verdict. Il apparaît souvent au moment précis où l'on sort de sa zone de confort, où l'on ose quelque chose de nouveau et d'important pour soi, comme le jour où il a fallu ouvrir ces cartons et rendre le projet réel aux yeux des autres. En ce sens, il accompagne presque toujours les étapes qui comptent vraiment, et sa présence n'est pas la preuve que je ne suis pas à ma place, mais plutôt la preuve que je suis en train de faire quelque chose qui compte pour moi.
Je ne peux pas promettre que cette petite voix a totalement disparu. Elle refait surface de temps en temps, à chaque nouveau projet, à chaque nouvelle prise de parole. Mais je sais désormais la reconnaître plus vite, et surtout, je sais qu'elle ne dit pas la vérité sur ma valeur, seulement sur ma peur du moment.
Si vous avez, vous aussi, ressenti ce sentiment d'illégitimité face à un projet qui vous tenait à cœur, sachez que ce n'est ni rare, ni le signe que vous n'êtes pas à votre place. Je serais curieuse de lire vos propres expériences en commentaire, et si l'envie vous prend de découvrir l'histoire qui m'a fait traverser tout cela, mon roman est disponible à la vente.
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